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Sortie de route pour l’industrie automobile indienne

#Gouvernement - #Inde - #Marché - #Ventes

Les ventes de voitures, tout-terrain et monospaces en Inde ont chuté de 31,6 % au mois d’août, à 196 524 unités, affichant ainsi leur plus forte baisse depuis 1997-1998, indique la SIAM (Association des constructeurs en Inde), soulignant qu’il s’agit en outre du dixième mois consécutif de repli. Les ventes de voitures, notamment, ont reculé de 41,1 %, à 115 957 unités, tandis que celles de tout-terrain et monospaces ont diminué de 38,7 %, à 51 897 unités.

En septembre, le démarrage de la saison festive (Diwali), habituellement dynamique pour les ventes de voitures, n’a pas eu le résultat escompté. Les ventes de véhicules de passagers ont de nouveau chuté le mois dernier, de

Le gouvernement a mis en place un plan de soutien en urgence le 23 août pour freiner la chute du marché, mais les industriels estiment que les mesures ne sont pas assez efficaces et qu’elles ont été décidées trop tardivement. Cette crise procéderait, selon les observateurs, du ralentissement économique, des taxes et même, pour certains, des pratiques de mobilité des jeunes générations. La ministre des Finances Nirmala Sitharaman a en effet suggéré que ce freinage brutal était en grande partie imputable aux jeunes populations, qui préféreraient utiliser des applications de VTC, telles que Ola et Uber, plutôt que d’acheter un véhicule. Cette remarque lui a valu une volée de messages ironiques sur les réseaux sociaux, les jeunes internautes voyant dans ces propos une volonté de leurs aînés de faire d’eux des boucs émissaires d’un problème aux racines plus profondes.

Car si les chiffres montrent que les jeunes consommateurs sont effectivement plus à l’aise avec les nouveaux moyens numériques de mobilité, les difficultés du secteur automobile indien sont bien plus larges et le chemin à parcourir s’annonce sinueux, soulignent les experts. “Je pense que le ralentissement résulte avant tout du bas niveau de consommation des ménages, la croissance des revenus a été fortement affectée ces dernières années”, explique VG Ramakrishnan, associé du cabinet Avanteum Advisors.

Le chômage est à son plus haut depuis les années 1970. Les banques sont réticentes à prêter de l’argent en raison du haut niveau de créances douteuses dans leurs comptes, compliquant par là l’accès au crédit pour les consommateurs. À ces facteurs s’ajoutent le taux de TVA de 28 % sur les voitures depuis 2017. “Les voitures deviennent de moins en moins abordables en raison de taxes trop nombreuses et trop élevées”, indique pour sa part  Mahesh Bendre, analyste automobile chez Karvy Stock Broking. “Pour mettre les choses en perspective, si vous achetez une voiture en Inde, au moins 40-45 % de son prix revient au gouvernement en termes de taxes, de frais d’enregistrement, etc”.

Le directeur général de Bajaj Auto, Rajiv Bajaj, estime quant à lui que la crise que traverse le marché automobile en Inde depuis de longs mois résulte bien plus de problèmes de surcapacités de production et de stocks trop importants que d’un véritable ralentissement économique. “L’industrie est en train de corriger les problèmes de stocks, avant l”entrée en vigueur des nouvelles normes d’émissions. D’ici à novembre, ce problème sera résolu”, a-t-il indiqué. “Aucune industrie ne peut croître de façon permanente et linéaire, sans période de creux. Il y a des cycles dans tous les secteurs”, a ajouté M. Bajaj. “Les constructeurs se sont mis à produire tous azimuts, se basant sur des prévisions. Il faut maintenant réduire la voilure. Mais je pense que dans quelques mois, ou un an peut-être, nous aurons retrouvé notre rythme”.

Les ventes de voitures en Inde devraient chuter entre 4 et 7 % au titre de l’exercice fiscal qui s’achèvera fin mars, estime l’agence ICRA ; celles de véhicules utilitaires devraient quant à elles reculer de 0,5 %. De fait, l’agence Fitch prévoit une baisse de 11,8 % du marché automobile indien pour l’exercice 2019-2020.

Avec une population de 1,3 milliard de personnes, l’Inde est le quatrième plus grand marché automobile mondial, ayant dépassé l’Allemagne l’année dernière. Y posséder une voitures est aussi bien un moyen de transport qu’un signe de statut social.

Alors que le secteur contribue à plus de 7 % du PIB de l’Inde, un fléchissement prolongé des ventes risque d’avoir de vastes répercussions pour l’économie,  de nombreux acteurs (fabricants de composants, points de ventes…) dépendant de la bonne santé de l’automobile. “L’écosystème est énorme. Près de 20 % de la population pourrait dépendre du secteur automobile”, s’alarme Mahesh Bendre.

Mais dans un contexte où 22 des 30 villes les plus polluées au monde se trouvent en Inde, toute incitation aux ventes de voitures devra prendre en compte la crise environnementale, prévient VG Ramakrishnan.

Source : AFP, ECONOMIC TIMES