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Olivier Masi nous parle du projet Scarabée d’Or

#Arts et Métiers - #Citroën - #Des Voitures et des Hommes - #Olivier Masi

A 52 ans, Olivier Masi est un amateur de véhicules anciens depuis toujours. Pour la petite histoire, l’histoire familiale raconte qu’à l’âge de 5 ans il aurait demandé une avance sur son héritage pour pouvoir s’acheter une Traction.

 

Cindy Lavrut (pour le CCFA) : Pourriez-vous tout d’abord vous présenter rapidement pour nos lecteurs ?

Olivier Masi : « Je suis amateur de véhicules anciens et surtout de mécanique. Et en 2015, nous avons créé l’association Des Voitures et des Hommes, et des Hommes avec un H majuscule, pour avoir un terme générique, l’Humanité dans son ensemble, hommes et femmes.

D’ailleurs, l’association compte 45 % de femmes. Et puis on s’est dit, une fois que l’association a été créée, il faut que nous trouvions absolument un projet qui permette de mettre 3 choses en avant qui sont dans l’ADN et dans l’objet social de l’association.

  • C’est le patrimoine automobile français puisque nous considérons que la France a inventé l’automobile donc on peut en être fiers.
  • Ce sont les professionnels qui œuvrent chaque jour à l’entretien de ce patrimoine et qui sont au bout de nos rues, quels que soient les métiers, c’est-à-dire les mécaniciens, les carrossiers, les électriciens, les rectifieurs, etc. ; et ça ! ça ne partira jamais chez nos amis chinois (ou ailleurs).
  • Et puis, enfin et surtout, l’enseignement attaché à ces métiers-là et à cet univers-là. En sachant que cet univers-là (le véhicule ancien, NDLR) ne doit pas s’aborder comme étant quelque chose de figé et de passéiste. En fait, les études de la FFVE montrent que cela représente un vrai marché économique, avec un peu plus de 4 milliards d’euros de chiffre d’affaires par an, plus de 20 000 équivalents temps-plein en emplois et plus de 8 000 entreprises.

En outre, plus de la moitié de ces entreprises sont dirigées par des chefs d’entreprise qui ont au moins 50-55 ans. Une fois qu’on a mis ça sur la table, ça veut dire que cet environnement, cet « écosystème » du véhicule ancien, n’est plus une marotte pour un homme cinquantenaire, ça devient un véritable secteur économique.

A travers le projet Scarabée d’Or, nous avons trouvé quelque chose qui permettait de rassembler des personnes, des entreprises, des organisations, qui sur ces trois éléments, pouvaient y trouver un intérêt. Donc ça, ça a été véritablement cardinal et c’est comme ça que tout a commencé, le 6 mars 2015, donc un peu plus de 4 ans.

Au début, nous avons essayé de chercher un véhicule qui permettait en lui-même de raconter une histoire, qui était suffisamment évocateur de rêve, porteur de ces valeurs et de cette imagerie, pour que ça puisse intéresser, non pas les gens « en deuxième partie de vie », mais plutôt les jeunes et pour essayer de créer un environnement favorable.

 

Le modèle du « Scarabée d’Or » m’est venu à l’esprit immédiatement et j’en ai parlé à des collègues, qui m’ont d’abord pris pour un fou

 

Donc, quand nous avons cherché ce véhicule, le modèle Citroën auto-chenillée B2 baptisé « Scarabée d’Or » m’est venu à l’esprit immédiatement et j’en ai parlé à des collègues, qui m’ont d’abord pris pour un fou, puis m’ont finalement dit que c’était effectivement une bonne idée car c’est le véhicule «mère » de toutes les grandes épopées, (car c’était la première fois que l’Homme traversait un continent avec une voiture et avec cette technologie) et c’est le début de tous les grands rallyes, raids et courses automobiles et c’est le début de toutes les aventures qu’on connaît.

Donc nous nous sommes dit, à partir de ce moment-là, ce projet n’aura aucun sens si c’est nous qui refabriquons ce véhicule. Parce qu’il y a des dizaines de projets pour lesquels ça fonctionne déjà très bien. Il fallait impérativement que ce soit les jeunes. Nous avons souhaité se rapprocher d’organisations scolaires qui prendraient le temps de refabriquer ce véhicule. Il ne fallait pas un projet sur deux ou trois mois, mais un projet qui puisse s’installer dans le temps et qui nous permette de commencer depuis le début et d’aller jusqu’à la fin.

Aujourd’hui, nous sommes pratiquement à la fin car la fabrication du véhicule sera terminée dans 4 semaines.

Nous sommes en premier lieu allés voir le Conservatoire Citroën car il n’existe pas de plan de ce véhicule. A l’époque c’était M. Marc-André Biehler qui était le responsable du conservatoire. Il y avait également M. Eric Leton (qui est toujours présent).

 

« J’ai deux cinglés dans mon bureau », et là M. Biehler a dit ces mots dont je me souviendrai toujours : « Je comprends ce que vous voulez faire, on va vous aider, car Citroën c’est l’audace ».

Je me souviendrais toujours de la tête de M. Leton qui se disait « J’ai deux cinglés dans mon bureau », et là M. Biehler a dit ces mots dont je me souviendrai toujours : « Je comprends ce que vous voulez faire, on va vous aider, car Citroën c’est l’audace ». Et ces mots m’ont marqué profondément.

Si nous regardons l’histoire de cette marque c’est une entreprise pionnière. Nous voulions nous inscrire dans cette trace-là et le Conservatoire Citroën voulait en outre trouver dans notre projet une histoire à raconter.

Nous sommes ensuite allés voir l’Ecole des Arts et Métiers qui nous a tout de suite dit être intéressée car elle y voyait le moyen de créer un projet qui pouvait fédérer les équipes d’un ou plusieurs campus, qui allait durer dans le temps, et donner un objectif aux étudiants, en leur montrant qu’ils allaient travailler à un projet qui ne finirait pas à la benne, mais qui fonctionnera réellement. Car les étudiants ont généralement peu d’attrait à travailler sur un projet qui n’a pas d’utilité pratique.

 

C.L. : Dans votre magazine « EnChant(i)er » j’avais vu que le modèle devait être prêt d’ici au printemps 2019. Il semble donc que vous êtes dans les temps ?

O.M. : Après avoir rencontré les Arts et Métiers, nous avons pris contact avec l’Education nationale. Nous avons trouvé le Lycée des Métiers de l’Automobile et du Transport du Château d’Epluches, qui lui est chargé de restaurer un moteur du B2 et de refabriquer tout ce qui est carrosserie, sachant que les Arts et Métiers, eux, ont été en charge de fabriquer le mécanisme de chenilles à partir (en l’absence de plan) des pièces démontées du Scarabée d’Or d’origine.

Ils ont fait un travail d’ingénieur (qui est extrêmement vaste). C’est-à-dire qu’ils ont démonté les pièces, pris des mesures, fait des plans, fait de la conception assistée par ordinateur avec des technologies ultra-modernes. Ensuite, ils ont fait de la fabrication assistée par ordinateur.

De plus, les Arts et Métiers est la dernière école en France à avoir des moyens propres de production, à savoir des moyens de fonderie, de forge, d’usinage, ils disposent aussi de plusieurs campus actifs dans toutes ces spécialités, ce qui leur a permis de fabriquer le mécanisme de chenilles.

Alors, le lycée aussi avec l’exemple du véhicule sous les yeux, a été chargé de fabriquer la carrosserie qui, elle, est prête et sera installée à partir de jeudi 14 mars au lycée, puisque le châssis équipé du train de chenilles a été remonté le 13 mars depuis le centre des Arts et Métiers de Cluny.

Je vous invite d’ailleurs à aller sur la page Scarabée d’or du Facebook, car nous avons fait une vidéo de « reveal », à la nuit tombante, volontairement pour garder un peu de mystère et ainsi communiquer judicieusement. Et donc, tout ça fonctionne !

Les jeunes, que ce soit le lycée, avec des CAP, des Bac Pro, des classes ULIS (classe pour enfants avec des troubles cognitifs importants), ont travaillé sur ce projet. Des élèves ingénieurs ont également travaillé pendant plus de 3 ans.

 

Comme dans la vraie vie, tous ces gens ont été obligés de communiquer comme des structures différentes, mais sur un projet commun.

Comme dans la vraie vie, tous ces gens ont été obligés de communiquer comme des structures différentes, mais sur un projet commun. Il a donc fallu déterminer comment communiquer l’information, comment travailler ensemble comment gérer le fait que tous les six mois une nouvelle équipe d’étudiants arrive sur le projet.

Les étudiants devaient notamment laisser une maquette numérique propre pour que la génération suivante puisse rentrer dans le dossier technique et continuer le travail sans prendre de retard, et tout ça en prenant en compte le rythme scolaire (au lycée comme aux Arts et Métiers), c’est-à-dire avec une fermeture estivale et des vacances scolaires.

 

C.L. : En effet, en voyant les documents disponibles sur Internet, j’ai vu que plusieurs sites, à Anger, Metz, Aix-en-Provence, Cluny et au Château d’Epluches étaient impliqués dans le projet. Cela doit être compliqué de manière organisationnelle, pour mettre chacun en contact. Est-ce que les différents lycées et les élèves se rencontrent ?

 

O.M. : En termes de coordination et de maîtrise d’œuvre c’est moi qui me suis occupé de faire la coordination, dont l’approvisionnement des chantiers. En effet, c’est notre association qui s’est chargé de l’approvisionnement en « matières », puisque le temps de travail et l’énergie et le temps-machine a été mis à disposition par le lycée du Château d’Epluches et par les Arts et Métiers.

En outre, il y a eu des déplacements très fréquents sur place, que ce soit au lycée ou aux Arts et Métiers, environ tous les mois dans chaque structure. Et il y a eu des échanges téléphoniques réguliers, comme dans tout projet « métier », avec des suivis et des entretiens téléphoniques.

Les professeurs des deux établissements se sont rencontrés dans le cadre des différentes manifestations qu’on a pu faire, telles que la présence du Scarabée d’Or aux Arts et Métiers pour les Journées européennes de la Science, où nous avons passé plusieurs fois une semaine au musée pour présenter le projet à des scolaires, où lors d’autres manifestations, comme des Journées Portes Ouvertes.

 

Quelques chiffres : Nous avons 8 sites de production.

Il y a les sites de production « scolaire », mais aussi des entreprises sous-traitantes qui sont toutes labellisées « Entreprises du patrimoine vivant », ce qui était essentiel pour nous, pour mettre en avant des entreprises qui jouaient le jeu de la transmission des savoirs.

Touraine Radiateurs par exemple est une société qui est basée à Loches, ils ont fabriqué le radiateur de notre véhicule. Ce radiateur est exceptionnel, car il s’agit seulement du troisième exemplaire de radiateur fabriqué en France.

La sellerie a également été importante. Les joints en cuir ont été fournis par l’entreprise Emile Janique qui est située à Lyon (également labellisée Patrimoine Vivant). On s’est attaché à trouver – pour les mettre en avant – des fournisseurs qui viennent s’inscrire dans la mise en avant de ces métiers.

 

Pratiquement 200 personnes sont impliquées dans le projet au niveau des écoles, dont environ 150 élèves et 50 professeurs. Depuis septembre 2016, cela représente 50 000 heures de travail, ce qui inclut le temps des entreprises qui ont travaillé sur le projet, mais cela n’inclut pas le temps des bénévoles.

 

Nous avons sollicité différents partenaires, qui ont « mécéné » de différentes manières. Certains mécènes ont donné de l’argent, d’autres ont donné du temps-matière (en donnant des matières et des prestations) et d’autres ont donné du temps-homme, en sachant que certains mécènes ont donné les trois.

Quelques exemples :

le Conservatoire Citroën nous a bien évidemment aidé. En nous prêtant le véhicule, ils ont été formidables.

Grâce à leur technologie de dernier cri, la société Glasurit a pu reconstituer la couleur d’origine de la Kégresse qui est une couleur non pas sable, mais un peu blanche, un peu vert d’eau. Ils ont fourni de la peinture et du temps-homme, puisqu’ils ont envoyé au musée de Saint-Jean d’Angély des techniciens pour effectuer des mesures de contrôle sur le deuxième véhicule survivant de la traversée du Sahara.

Tout ça, tout cet engouement, a été extrêmement précieux. Et puis il y a bien entendu eu les deux organismes de formation.

Ça a généré aussi de nouveaux champs d’exploration que nous n’avions pas imaginés. Au sein des Arts et Métiers, il y a ainsi un laboratoire d’imagerie numérique qui s’appelle l’Institut Image qui a fait un simulateur de conduite du Scarabée dans le Sahara, qui a fait un poste de conduite virtuel (voir images numériques du véhicule).

Tous ces développements ont mis en avant le travail non pas de lycéens, mais d’élèves universitaires (puisque l’Institut Image est un institut universitaire rattaché aux Arts et Métiers). On a donc lancé un concours de design auprès d’HESAM Université, pour le design du poste industriel, qui s’appelle ScarLab, sur le poste de conduite.

Malheureusement, ce concours n’a pas suscité un engouement réel auprès des étudiants. On ne peut pas tout réussir.

Aujourd’hui, toute la partie avec le moteur, les chaînes de transmission, la boîte et le pont est fonctionnelle. Des parties de carrosseries sont fabriquées et peintes. Le châssis arrivera au Château d’Epluches pour que tout soit fixé. Il restera ensuite comme travail tout ce qui est poignées, charnières, accastillages. Tout ça a été refabriqué par les Arts et Métiers, car une fois encore, ce qui était intéressant c’était la démarche.

 

On aurait pu imaginer d’aller dans le commerce pour trouver des charnières approchantes, mais le but c’était de mettre en œuvre la méthodologie, la conception et d’arriver à montrer comment les élèves ingénieurs et les lycéens vont prendre le relai pour travailler.

 

Nous avons eu une très bonne surprise avec le lycée du Château d’Epluches. Lorsque nous sommes allés les voir, ils ont répondu avec enthousiasme. En outre, ils avaient projet de réaliser une FCIL (formation complémentaire d’initiative locale – visée par l’Etat et strictement encadrée, avec le feu vert des inspecteurs d’académie), qui serait dédiée à l’entretien et la restauration des véhicules historiques.

On a donc travaillé avec le lycée et le rectorat de l’Académie de Versailles pendant deux ans pour mettre au point le référentiel pédagogique, pour qu’il y ait une ouverture de la FCIL au mois de septembre 2018, ce qui a été le cas, notamment grâce à des moyens financiers mobilisés par la région Ile-de-France (c’est-à-dire des heures de professeurs) et il y a 10 jeunes élèves qui ont intégré cette FCIL en septembre.

Nous avons apporté notre expérience concernant ce que devait contenir le référentiel pédagogique, nous avons réuni des entreprises qui – en collaboration avec cette FCIL – accueillent les jeunes dans des formations en alternance (France 40, Auto Classic, Touraine Radiateurs, etc.).

Nous avons demandé aux professionnels de nous dire ce qu’ils souhaitaient qu’on mette dans la formation. Car il ne suffit pas de dire que les CFA et lycées professionnels sont incapables de répondre aux besoins des entreprises, sans expliquer clairement les besoins de l’industrie.

On ne peut pas s’attendre à ce que les autres donnent du temps, sans en donner soi-même.

Nous avons donc demandé aux entreprises de s’impliquer. Nous avons réussi – avec du travail – à apporter notre pierre à cet édifice, ce dont nous sommes fiers, d’autant que le lycée m’a informé que sur les 10 jeunes dans la formation, 8 avaient déjà trouvé un emploi. Cela veut dire que le fait de mettre en proximité et en contact toute cette filière-là, ça créé des emplois.

Il y a une méconnaissance de la part des industriels du relais de croissance que peut représenter l’automobile ancienne (ce que les Allemands ont parfaitement compris, ce qu’on voit dans les publicités).

Le deuxième constat a été de s’apercevoir que des gens qui étaient installés côte à côte, à un jet de pierre, ne travaillaient pas ensemble, probablement parce qu’il est difficile d’aller voir son voisin pour proposer des collaborations.

Nous avons donc été frappés de voir tout ce que pouvait déclencher le simple fait de mettre des gens en relation.

Or, ces échanges sont importants à nos yeux, car on se considère dans une Humanité, où les gens sont dans une relation d’échanges et pas seulement dans une relation marchande, où on ne s’intéresse pas à quelqu’un si on n’a rien à lui vendre. Or, le mécanisme associatif a bien intégré ces valeurs.

Nous nous sommes aperçus par exemple – via un retour d’un professeur des Arts et Métiers – que les élèves s’étaient impliqués au-delà des attentes. Ils devaient passer 80 heures chacun sur le projet et y ont consacré plusieurs centaines d’heures. Ce projet a été porteur, car il y a une histoire transverse, il y a des échanges, et les gens sont bienveillants et de bonne volonté.

Nous serons prêts à Pâques. Cela montre qu’en terme de gestion de l’association, nous n’avons pas fait d’erreur. Nous avons énormément travaillé pour que les choses se passent correctement et nous avons fait en sorte que les demandes du lycée ou des Arts et Métiers soient satisfaites au plus vite (commandes d’écrous, de rivets, de tôles etc.).

Cela reflète bien que de manière organisationnelle, l’association a abordé le projet comme un projet professionnel et pas un « hobby », sinon il y a un problème vis-à-vis des mécènes ou de la communication (on a notamment la chance d’être suivis par quelques journaux).

 

Que nous reste-t-il à faire après ? En effet, on arrive à une finitude du projet, puis la fabrication va toucher à sa fin dans 4-5 semaines.

On aura donc la grande soirée de révélation au public et à la presse dans la chapelle du Musée des Arts et Métiers le 13 mai 2019. De plus, on était également aux Journées Portes Ouvertes des Arts et Métiers jeudi et vendredi 7 et 8 mars, avec l’exposition du châssis (avant qu’il ne soit envoyé au Château d’Epluches).

A la fin du mois de mars, il y a les journées Portes Ouvertes au lycée du Château d’Epluches, nous y serons présents.

Le 24 juin, je fais une conférence sur le projet devant le Club de l’Auto qui sont les alumni des grandes écoles qui sont à la Maison des Arts et Métiers.

Ensuite, le 19-20-21 juillet, nous avons un événement avec le CCFA (la Croisière vers l’Ouest). Ensuite, aux Grandes Heures de Montlhéry au mois de septembre avec Yacco, à l’occasion de leur centenaire.

Nous serons exposés à Epoq’Auto à Lyon au mois de novembre. Le véhicule pourrait également partir dans les usines Glasurit en Allemagne (ce qui serait chouette).

Il y aura une exposition au Musée de Saint-Jean d’Angély qui détient le Croissant d’Argent, le deuxième véhicule survivant de la traversée du Sahara, qui aura lieu l’année prochaine. Il est prévu aussi une exposition sur l’automobile au Musée des Arts et Métiers et on aimerait bien travailler dessus. Et bien sûr, le véhicule retournera dans les écoles, dans les campus, là où des élèves ont travaillé au projet.

En juin 2016, nous avions fait une grande soirée avec la société The Jacks, qui avait pris en charge la création d’un film de présentation du projet. Ce film de 6 minutes, scénarisé (car nous avons des scénaristes dans l’association), est disponible sur Vimeo.

Ainsi, le fait de faire travailler des gens dans la distance (ce qui a intéressé tous les partenaires et mécènes), ne pas faire du one-shot, mais prendre du temps, faire travailler des jeunes en pleine formation, permet à tous de réfléchir sur la RSE (responsabilité sociale d’entreprise) et de créer un modèle vertueux qui participe à la formation des jeunes. Et ça, sans rien à vendre de la part de notre association, mais juste du temps à donner. On a pu mettre en avant qu’il y avait des formations, des jeunes qui avaient envie de bosser, du patrimoine à transmettre.

 

C.L. : qu’en est-il d’un projet de diplôme ?

 

O.M. : En effet, nous souhaiterions utiliser l’expérience qu’on a tiré de ce projet qui a duré 4 ans et nous a permis de voir ce qu’on pouvait faire, pour mettre en place ou participer à la mise en place d’une filière spécialisée dans la restauration et l’entretien des véhicules anciens.

Nous pensons qu’il faut commencer à petite échelle et élargir au fur et à mesure. Ce que l’on constate c’est que les gens se voient mais ne sont pas en contact.

 

Il faut créer une plateforme pour mettre les gens en contact et apporter une solution professionnelle aux faiseurs et aux fournisseurs, mais aussi aux jeunes, pour mieux les former.

 

Si ces savoir-faire sont maintenus (que ce soit l’ébéniste ou de la haute technologie, de la chimie, de l’ingénierie, etc.), on s’aperçoit que c’est une source d’emploi et un relai de croissance, mais aussi une source de fierté vis-à-vis du patrimoine.

Nous pourrions envisager un modèle de formation disruptif, qui serait à la fois pédagogique, en formation initial et en formation complémentaire, pour le moment il est prématuré d’en parler, car nous travaillons dessus et peut-être que le résultat final ne sera pas identique à ce que l’on entrevoit pour l’instant.

Mais il est constant néanmoins que l’appétence de la part des jeunes et d’un certain nombre de structures éducatives fait que – si l’on met tout le monde autour d’une table – on peut arriver à créer un cercle vertueux, que ce soit en lycée, au-delà du bac, diplômant ou pas et voire aller jusqu’à des Master 2. A titre d’exemple, le vintage représente 40 % du chiffre d’affaires de Porsche, donc il y a des emplois. Et il ne faut pas se priver de ces ressources.

 

C.L. : Un mot rapide sur votre prochain projet ?

 

O.M. : Le projet Delage V12 est un projet tout autre. Il consiste à reconstruire la Delage V12 dite Labourdette, de 1937, cette fois-ci avec l’association Les Amis de Delage, dont je suis administrateur et membre du bureau.

Deux aspects sont essentiels.

Refabriquer à partir d’un châssis de Delahaye la carrosserie de la Delage, avec des entreprises encore une fois labellisées Entreprises du Patrimoine Vivant pour une expression des savoir-faire traditionnels (même si on utilise en termes de carrosserie des systèmes de conception comme l’imagerie numérique 3D).

L’aspect moteur, qui consiste à reconcevoir et faire de la rétro-ingénierie sur ce moteur qui n’existe qu’à un exemplaire, qui a été conçu et fabriqué en 1935-1936 et qui est sorti en 1937 avec la voiture. Or, on ne sait plus grand-chose de ce moteur, si ce n’est qu’il nous reste les carnets de l’ingénieur Albert Lory.

On va donc avoir un travail de reconception du véhicule avec l’école des Arts et Métiers et les différents campus. Cette fois, le projet va durer 5 ans et le programme est de nouveau destiné à mettre en avant le patrimoine, les professionnels et surtout la formation. Le projet compte également mettre en avant l’industrie, la fabrication, l’ingénierie, la technique au sens large (car si on veut continuer à avoir une industrie qui nous nourrit tous, il faut des ingénieurs qui puissent rejoindre l’industrie du véhicule ancien).

Ce projet, là aussi, a pour but de démontrer par l’exemple et par la réalisation, en direct et aux yeux de tous, de cette voiture mythique, qui fait rêver par son design et son moteur. En outre, cette Delage devait courir au Grand Prix de Montlhéry de 1937 mais n’a pas pu courir. Le but est donc de la reconstruire et à la fin de refaire la course des V12 – peut-être comme à l’époque à Montlhéry – avec les voitures qui couraient à l’époque et de voir qui aurait pu gagner à l’époque. C’est un projet très ambitieux, mais d’une nature différente, qui ne mobilisera par exemple pas le lycée du Château d’Epluches.

Le projet visera plutôt à mettre en avant l’Ecole des Arts et Métiers, qui a fourni les bataillons d’ingénieurs du début du 20è siècle dans l’automobile mais aussi dans l’aviation et qui continue à fournir des ingénieurs au secteur automobile.

Source : Olivier Masi