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Interview de Nicolas Le François – Journaliste Free-Lance Auto et Moto

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Journaliste Free-Lance depuis de nombreuses années, Nicolas Le François est un passionné des sports mécaniques et, plus largement, de tout ce qui roule. Il a notamment travaillé pour Auto-Moto, 60 Millions de Consommateurs, l’Auto-Journal et France Routiers. Il apporte aussi régulièrement sa contribution dans diverses émissions télévisées. 

 

François Roudier : Nicolas Le François, qui es-tu et comment en es-tu venu à t’intéresser à l’automobile ?

Je suis un Normand 100 % pur jus, je suis du Havre, une ville entièrement reconstruite après les bombardements Alliés. Ma passion pour les sports mécaniques, et plus généralement pour tout ce qui roule, comme les deux-roues, vient de loin. Quand j’étais petit sur mon petit vélo rouge, avec ses beaux pneus blancs, je mettais des pinces à linge avec des bouts de carton dans les rayons pour que ça fasse un bruit de moteur. Puis j’ai eu droit à un Solex pour aller au lycée, et ensuite une Mobylette, dans cette époque ancienne où on pouvait faire encore beaucoup de choses et où le casque en ville n’était pas obligatoire ! J’ai passé mon permis moto toutes cylindrées à 16 ans.

Je me suis ensuite orienté vers l’ESJ (Ecole Supérieure de Journalisme) de Paris, où j’ai obtenu mon diplôme. A la fin de la première année, j’avais fait un stage au journal médical Tonus, ils étaient contents de moi et m’ont demandé si je voulais travailler avec eux à mi-temps, en poursuivant mes études. J’ai accepté. C’est donc à une vingtaine d’années que j’ai proposé au rédacteur en chef ma première rubrique auto-moto. Il s’est montré intéressé car il y savait qu’elle déclencherait de la publicité. Ma rubrique intéressait la clientèle de médecins, et ça a fonctionné. J’ai rapidement noué des relations privilégiées avec les constructeurs. C’est comme ça que j’ai débuté ma carrière. J’ai beaucoup travaillé pour la presse médicale, et même pour la presse féminine (BIBA et Jacinthe au moment de leur création) où je faisais des rubriques « Conso ». En fait, je n’ai jamais lâché l’auto et la moto dans toutes les publications où je suis passé. J’ai fait un tour par 60 Millions de Consommateurs pendant 5 ans et à la suite de cela, l’Auto-Journal est venu me chercher pour m’occuper d’une rubrique consommateurs chez eux ; j’y suis resté 8 ans. C’est alors qu’Auto-Moto est venu me débaucher. J’y suis resté 8 ans également. Je faisais peu d’essais auto, mais beaucoup d’essais moto. Puis il y a eu différents épisodes à la pige en tant que free-lance, notamment pour France Routiers. J’ai même eu l’occasion de travailler pour le CCFA, lors des Mondial de l’Auto !

 

François Roudier  : Tu n’as jamais eu envie d’avoir ton magazine pour t’exprimer ?

Non, je trouve que c’est souvent un truc d’ego d’avoir « son » magazine. Et puis, il faut les finances derrière, c’est très complexe et très lourd. Or, je suis tout sauf un gestionnaire ; je pense être un bon exécutant. J’ai des idées, j’aime mon travail. Mais de là à prendre sur les épaules la charge d’une publication, non, ça n’a jamais été ma tasse de thé. Je préfère être indépendant et m’exprimer librement. J’ai cette chance d’avoir un discours qui sort de l’ordinaire et qui plait à certains confrères de la télévision comme, par exemple Yves Calvi. A chaque fois que je peux, j’apporte ma petite contribution à l’édifice.

François Roudier : Est-ce que tu as vu monter la crise de la presse spécialisée ? Et comment l’expliques-tu ? Est-ce vraiment à cause d’Internet ou y a-t-il eu autre chose ?

Oui, absolument. C’est une faute partagée. J’ai longtemps pensé qu’il y aurait un retour de la presse écrite spécialisée car malheureusement sur Internet il y avait beaucoup de médiocrité, surtout dans les débuts. Les sites employaient beaucoup de jeunes inexpérimentés et qui n’écrivaient pas forcément très bien. Et puis, à ma grande surprise, cette remontée de la presse écrite n’a pas eu lieu, tandis que la presse sur Internet s’est stabilisée. Il y a eu une déperdition du papier et un lectorat qui s’est évaporé. La faiblesse des contenus y est également pour quelque chose. Les journaux spécialisés se livrant de moins en moins à l’analyse et aux prises de position ; ils ont moins intéressé les lecteurs. C’est dommage, car il faut poser les bonnes questions et ne pas avoir peur d’aborder les sujets polémiques sans pour autant être agressif envers un modèle essayé. A une époque, on avait une plaisanterie, quand une voiture n’était pas terrible, on écrivait qu’elle ferait « une excellente seconde voiture ».

 

François Roudier : Tu travailles beaucoup sur le monde du camion, comment vois-tu l’avenir du Transport Routier en Europe ? 

Je suis plein d’admiration pour les transporteurs français. Ils ont une marge de 0,002 à 0,005 %. Un client qui ne paie pas, ça peut être la mort de l’entreprise. Ils ont des normes extrêmement dures au niveau des tachygraphes, des heures de conduite, des missions qu’ils doivent remplir. Et leurs donneurs d’ordre sont très exigeants. Ils sont coincés entre la réglementation et la concurrence totalement illégale des transporteurs des pays de l’Est. C’est en outre un secteur qu’on accuse de tous les maux or les camions en France ne sont responsables que de 13 % des émissions polluantes. Les constructeurs font des efforts énormes sur leurs véhicules (gaz, biogaz, électricité), c’est très coûteux. Comme dans l’automobile,

il n’y a pas de solution technologique unique. Par exemple, un véhicule électrique pour la ville, c’est bien, mais pour les longs trajets, là, on passera plutôt au gaz.

Le transport routier a, à tort, une mauvaise image. C’est un monde vivant et réactif. On en aura toujours besoin. A peu près tout ce que vous trouvez en magasin, 90 %, a été transporté par un camion à un moment ou à un autre : « If you got it, a truck brought it ». En outre, c’est l’une des professions où il y a le plus de formation professionnelle avec une périodicité d’un an et demi.

 

François Roudier : Quelle est ton actualité et quels sont tes projets ?

Beaucoup de travail sur les pneumatiques. C’est un secteur qui innove énormément. Il faut savoir que dans une exploitation de TRM (Transport routier de marchandises), le poste « pneumatiques » représente 30 % des dépenses totales : en achat, en entretien, et en vecteur de consommation. Par exemple, pour gagner 5 % en consommation, il faut gagner 20 % de résistance au roulement. Les transporteurs sont très sensibles aux innovations dans les pneus. Je reviens de chez Goodyear, qui présentait de nouvelles gammes de pneumatiques pour poids lourds et un dispositif très ingénieux qui s’appelle « Drive over Reader ». C’est une sorte de plaque au sol qui comporte des lasers et des caméras et scanne les pneumatiques lorsque le véhicule passe dessus. La pression des pneumatiques, la hauteur de gomme restante, le poids des essieux et le poids total sont affichés en quelques secondes. Je vais par ailleurs partir trois jours à Rome avec Bridgestone, toujours pour les pneumatiques poids lourds, où ils vont présenter deux nouvelles gammes. En juillet, je vais partir à Hambourg visiter l’usine de rechapage de Michelin. On ne sait pas assez que Michelin est le deuxième rechapeur d’Europe.

Et puis, autre actualité, fin juin, la reprise des Ateliers du CCFA, avec un Atelier sur l’Auto et la Publicité.

François Roudier : Que vas-tu faire le 25 juin au CCFA ?

Et puis, autre actualité, fin juin, avec la reprise des Ateliers du CCFA, Je vais animer l’Atelier : “Automobile et Publicité : les codes ont-ils changé ?”. Le sujet est brûlant, car dans la loi LOM et ses innombrables amendements, certains concernent directement la publicité avec des interdictions potentielles. J’espère qu’on verra, dans ces tables rondes de l’Atelier, les spécialistes réagir et nous proposer peut-être des solutions. Cette loi, moi, me laisse perplexe. Pour le moment, on a l’impression que le gouvernement n’a aucune écoute sur les attentes des automobilistes, des industriels ou, s’il entend, il n’en tient pas compte.

François Roudier : Est-ce que tu perçois une fracture automobile dans la population ? Entre ville et campagne ? Va-t-on vers une amélioration ou au contraire vers une intensification du phénomène ? 

Je pense vraiment que nous allons vers la fracture franche, avec notamment les zones à faibles émissions (ZFE). On voit bien que des centaines de milliers de franciliens utilisent tous les jours leurs véhicules de 15 ans, 20 ans, non pas par ce qu’ils aiment rouler dans une ancienne voiture, mais parce qu’ils n’ont pas les moyens d’en changer ! Et là, les pouvoirs publics vont leur dire du jour au lendemain qu’ils ne peuvent plus rouler avec ? On a le sentiment que ce sont des décisions punitives, coercitives qui tombent ; à telle date, vous n’avez plus le droit de rouler. Donc je pense que la crise va continuer. A titre personnel, je trouve ça très bizarre, parce que depuis mes 16 ans, quand j’ai passé mon permis moto, personne ne m’avait jamais dit « vous n’avez pas le droit de rouler ».

François Roudier : : Finalement, tu es un journaliste plutôt optimiste pour l’automobile, la moto et l’utilitaire ou tu leur vois un futur sombre ? 

Franchement, bien malin qui pourrait le dire. Mais pour l’instant, je pense que beaucoup de clignotants sont au rouge. Je dirai 80 % de clignotants au rouge, 10 % à l’orange et 10 % au vert. Les décisions qui s’empilent les unes sur les autres ne me paraissent pas aller dans le bon sens et ne me confortent pas dans l’optimisme que je voudrais avoir.

François Roudier : Merci Nicolas Le François. Et nous nous retrouvons le 25 juin pour l’Atelier du CCFA sur l’Automobile et la Publicité !

Propos recueillis par François Roudier