triangle orange
Antibrouillard Télécharger le PDF
Icone
triangle bleu
@Auto

Interview de Laurent Meillaud – Journaliste Auto, spécialiste des technologies automobiles et des voitures connectées

#Auto Moto - #BlaBlaCar - #Equip Auto - #Journaliste - #Laurent Meillaud - #Turbo - #UTAC

Journaliste au profil atypique, Laurent Meillaud est toujours en quête de nouvelles expériences et de nouvelles rencontres dans le milieu de l’automobile.

 

François Roudier : Pourquoi et comment en es-tu venu à l’automobile et quel a été ton parcours ?

Je dois être l’un des rares journalistes à ne pas être un passionné au départ. J’ai grandi avec des frères qui, eux, étaient passionnés de voitures et qui m’en parlaient sans arrêt. C’est donc presque ‘par accident’ que j’en suis arrivé là. Mais je ne regrette absolument pas, au contraire. J’ai commencé ma carrière dans les radios d’autoroutes. Quant Autoroute FM s’est montée, en 1988, c’est moi qui ai ouvert l’antenne de la toute première radio d’autoroute en France, ce que l’on connaît aujourd’hui sur le ‘107.7’. Je faisais les flashs Infos et on m’avait demandé de choisir une rubrique en plus de l’actualité que je traitais à l’antenne. Pour faire simple, je devais parler d’automobile mais je ne pouvais pas essayer les véhicules. Pour moi, ça n’était pas très satisfaisant de commenter des dossiers de presse.

 

 

Alors j’ai choisi de traiter l’automobile sous un autre aspect. A l’époque, on recevait une revue de presse du ministère des Transports et je me suis rendu compte qu’il y avait des organismes en France qui traitaient de la recherche et développaient des voitures plus sures, plus intelligentes. A l’époque ça s’appelait l’INRETS, (aujourd’hui IFSTTAR). Et je me suis dit qu’il y avait tout un champ à explorer : quels sont les gens qui travaillent sur la voiture de demain, pour des voitures plus sures, etc. Et j’ai commencé à me constituer un petit réseau de relations et à assister à des conférences de presse. De fil en aiguille, j’ai acquis une certaine expérience, une certaine connaissance. Et, à force de couvrir des salons, des événements, j’ai pu enfin essayer des voitures. Je me souviens, le tout premier essai que j’ai fait, c’était la Renault Twingo en 1992, un événement !

 

C’est aussi à cette époque qu’on a commencé à voir apparaître le GPS : première application sur une voiture de série. J’ai ensuite sorti un livre : ‘Le Guide de la Voiture Intelligente’ en 1997. Ce guide m’a valu une certaine ‘notoriété’, parce que les médias en ont parlé. Je suis passé à la radio, sur Europe 1, divers journaux en ont parlé également. C’est à partir de là que j’ai commencé à avoir une image de spécialiste de la voiture de demain ; ça fait donc maintenant plus de vingt ans. J’ai eu d’autres opportunités par la suite, par exemple sur TF1, avec Auto Moto, où je faisais des reportages sur la technologie, justement. Un peu plus tard, j’ai aussi travaillé pour M6, à Turbo, où j’ai passé cinq ans à faire des reportages sur le Bluetooth, la voiture connectée.

 

 

 

J’ai quitté la radio et j’ai fait plus de piges, de la télé, tout en continuant à écrire différents livres. Celui dont je suis le plus fier aujourd’hui, c’est ‘Demain l’Automobile’, sorti en 2000, qui doit d’ailleurs être dans la bibliothèque du CCFA ! Avec un certain nombre d’années d’avance, je prédisais ce qui allait se passer : des voitures plus connectées, un usage un peu différent des voitures. On peut dire que je suis presque un historien de la voiture du futur, même si ça fait un peu bizarre de le dire comme ça.

 

 

 

 

 

J’ai une vraie expérience par ce que j’ai eu la chance d’avoir vécu plusieurs vagues technologiques et j’ai donc du recul par rapport à ce qui a marché et ce qui a moins bien marché. Je considère que j’ai une certaine pertinence et c’est le message que me renvoit le milieu puisqu’on m’invite régulièrement à animer des conférences. C’est d’ailleurs un élément que j’ai rajouté à ma palette de compétences : j’anime très souvent des conférences, des séminaires et j’interviens aussi en tant que conférencier. Aujourd’hui je dirai que la belle reconnaissance pour moi c’est d’être consulté par des entreprises, des start-ups, des ingénieurs, qui me demandent mon avis alors que je ne suis pas un scientifique. Mais on considère que je fais autorité dans les sujets que je traite et j’en suis très fier.

 

François Roudier : Quelle est ton actualité et tes futures actions ?

Mon actualité évolue régulièrement. Je suis toujours entre deux conférences parce qu’on me sollicite pour animer des événements. Je suis actuellement en train de préparer les Rencontres Internationales des Véhicules écologiques. Ces Rencontres se déroulent tous les deux ans à Alès et tous les ans à Paris. Je vais retrouver des gens de la filière, mais aussi des parlementaires. L’idée c’est de faire un bilan de la loi LOM et d’expliquer ce que ça va changer concrètement au niveau des motorisations et des usages de l’automobile. Autre actualité toute récente, suite à l’inauguration à l’UTAC du nouveau site de test pour les voitures autonomes lundi 17 juin, France Info m’a sollicité pour me demander mon avis et pour savoir si la France était aux avant-postes dans le domaine des voitures autonomes. Et c’est quelque chose qui se produit souvent. Les grands médias, France Info, mais aussi RTL, la télé ou certains journaux, apprécient ma capacité à faire la synthèse et à apparaître comme un acteur neutre.

J’ai en outre des projets à plus au moins longue échéance : on m’a confié l’animation et la construction du programme pour une conférence internationale sur le Transport intelligent et le climat.

La conférence ‘ITS4 Climate’ se déroulera en Anglais, à Bordeaux les 17 et 18 septembre prochains. Animer des conférences en Anglais fait partie de ma palette de compétences, d’ailleurs j’ai animé la conférence pour le Pôle Mov’eo début juin. Ils ont un Forum sur la mobilité chaque année et j’ai animé les échanges. J’ai par ailleurs été très longtemps rédacteur en chef de la Revue consacrée aux Ingénieurs de l’Auto. Je fais aussi de la veille technologique pour des partenaires. Je suis toujours dans l’esprit d’apprendre, de rencontrer les acteurs, les nouveaux entrants dans ce milieu ; c’est nécessaire quand on se dit spécialiste dans un domaine.

Je me dois d’être en veille de façon permanente. Ce que j’aime par-dessus tout, c’est vulgariser la connaissance ; je suis très à l’aise dans cet exercice.

 

François Roudier : Par rapport à Equip’Auto, quel sera ton rôle ?

Equip’Auto est un salon sur lequel je collabore depuis près de 20 ans. A la base, ils m’ont sollicité pour monter un pôle de technologies. Et c’est ce que j’ai réussi à faire. J’ai fait venir des exposants et j’ai monté tout un programme de conférences pour faire vivre ce nouveau pôle. Au fil du temps, l’électronique embarquée a été totalement intégrée dans l’offre globale du salon, puisque tout est technologique et électronique aujourd’hui. Mais j’ai continué à faire des conférences pour le compte d’Equip’Auto. Et ce sera encore le cas cette année, avec mon complice Emmanuel Taillardat, avec qui j’ai travaillé sur la télé du Mondial de l’Automobile par exemple. Mon rôle va être de dénicher les innovations d’Equip’Auto, de faire des vidéos et d’animer quelques conférences qu’on voudra bien me confier, notamment celle qui portera sur les Grand Prix de l’Innovation liés au Salon. Je suis très content de pouvoir être en amont et en aval dans le domaine de l’auto, en étant à la fois sur Equip’Auto et sur le Mondial de l’Auto. Comme vous voyez, j’ai un quotidien qui n’a rien à voir avec celui d’un journaliste automobile classique. Mais toutes mes activités font partie d’un même tout, pour mieux appréhender la mobilité de demain et la voiture du futur.

 

François Roudier : Justement, comment vois-tu la voiture de demain en France ?

C’est un vaste sujet, évidemment. Ce qu’on peut dire c’est que la France est un pays qui a certaines spécificités et des acteurs qui sont vraiment très bien placés. J’en ai deux en tête, un dans le domaine du covoiturage, Blablacar, qui est devenu une licorne et on ne peut être qu’admiratif vis-à-vis de cette petite entreprise devenue de taille mondiale, l’autre dans le domaine de l’autopartage, je pense à Vulog. Vulog est une petite entreprise, mais qui a des actions dans plusieurs pays, aux Etats-Unis notamment. Son logiciel est aujourd’hui largement reconnu. Je veux en outre parler de Bruno Flinois, qui a créé la société CLEM, spécialiste de l’autopartage de véhicules électriques et de la recharge intelligente. CLEM développe une mobilité propre, complémentaire des transports publics, et apporte une vraie réponse technologique. Bien sûr, il y a des échecs, comme Autolib. Mais on voit que l’autopartage se développe et les constructeurs français ont une offre, que ce soit Free2Move pour PSA, ou Renault Mobility pour la marque au losange. Les constructeurs proposent toute une palette de services connectés, avec ou sans Smartphone.

La prochaine étape sera la mise à jour de logiciels à distance dans les voitures. Beaucoup pensent que c’est Tesla qui a inventé cela. Mais ça existait avant Tesla, même si c’est lui qui a porté le concept jusqu’au bout. Que sera la voiture de demain ? Tout le monde sait qu’elle sera électrifiée, connectée et autonome. A ce propos, on ne le sait pas toujours, mais en France, des véhicules autonomes circulent depuis le début des années 2000, grâce aux chercheurs de l’INRETS (aujourd’hui IFSTTAR) en particulier. Google n’a pas tout inventé. La recherche française capitalise sur toute cette expérience, on a un vrai savoir-faire.

 

Après, il faut voir que dans le domaine de la voiture autonome, les enjeux se chiffrent en milliards pour les investissements. Il ne suffit donc pas d’être compétent du point de vue technologique, il faut aussi être capable d’investir énormément. En France, on a un écosystème assez complet dans ce domaine : des start-ups, la recherche académique, des pistes d’essais (Teqmo par exemple), et une volonté politique d’accompagnement, cadrée et prudente. C’est très important, car un seul accident peut tout remettre en cause. Il faut instaurer la confiance et donc la sécurité. On l’a vu avec l’accident d’un véhicule autonome Uber en mars 2018, qui a causé la mort d’un piéton. C’est un sujet très sensible et il faut avancer de façon progressive et pédagogue. Je suis persuadé que c’est d’abord par le transport public qu’on verra les premières applications. La voiture autonome pour le particulier, ça viendra beaucoup plus tard.

 

 

 

François Roudier : Un mot de conclusion ?

Ce que j’aimerais dire sur mon métier, c’est qu’il me permet d’être utile aux entreprises et aux divers organismes avec lesquels je travaille, le CCFA entre autres, et d’apporter ainsi ma pierre à l’édifice.

Source : CCFA