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Culture vroum

Avec les “jeepneys”, c’est tout un art qui disparaît aux Philippines

#Art - #jeepney - #minibus - #Philippines - #Transport en commun

Ils font partie du paysage philippin depuis des décennies, mais les “jeepneys”, trop polluants, sont aujourd’hui voués à la casse. Et ces dinosaures de l’asphalte emportent avec eux les centaines d’artistes qui gagnaient leur vie en les customisant.

 

Ces minibus si singuliers qui circulent dans les rues des Philippines sont de véritables œuvres d’art roulantes, avec leurs peintures extraordinaires, leurs lumières disco ou leurs jantes chromées. Mais ce mode de transport va progressivement disparaître en raison des piètres performances en termes de pollution et de sécurité routière.

“C’est un acte de trahison contre les Philippins”, dénoncent de nombreux habitants, notamment les derniers artistes qui customisent ces “jeepneys“. “Il y avait autrefois des centaines d’artistes sur ce marché. Dans les années 1980, nous avions jusqu’à 80 minibus à décorer chaque mois dans nos carnets de commandes. Aujourd’hui, nous avons un ou deux”, déplore Bernardo de la Cruz, l’un d’entre eux.

 

 

Naguère considérés comme les “Rois de la route”, ces véhicules sont un symbole culturel de Manille et des Philippines, au même titre que les taxis jaunes à New York. Depuis des décennies, ils sont aussi pour des millions d’habitants un mode de transport bon marché et prisé. “C’est un produit exclusivement philippin, nous sommes nés avec”, souligne M. de la Cruz.

 

 

 

 

Construits au départ avec les jeeps laissées derrière eux par les Américains après la guerre, les “jeepneys” sont effectivement une invention philippine : un toit ajouté et à l’intérieur, deux bancs parallèles.

Dans le cadre d’un plan gouvernemental, les véhicules de 15 ans et plus doivent être remplacés d’ici l’année prochaine par des “éco-jeepneys”, véhicules électriques ou équipés de moteurs diesel moins polluants. En termes de confort, les nouveaux minibus constitueront un indéniable progrès puisqu’ils seront climatisés, avec des portes et des sièges individuels, et assez grands pour permettre aux passagers de s’y tenir debout.

Ils seront produits à la chaîne, et non plus, comme les actuels “jeepneys”, arrangés dans de petits ateliers selon les desiderata de leurs fiers propriétaires. C’est pourtant cette diversité qui a contribué à la célébrité des “jeepneys” traditionnels, et à ce qu’ils soient un objet immédiatement identifiable de la culture philippine.

 

A tel point que le créateur français Christian Louboutin a lancé l’an dernier une ligne de sacs à main bariolés s’inspirant directement de ces véhicules.

 

 

 

 

 

 

 

 

Et c’est aussi un “jeepney” qu’Ikea a choisi de repeindre à ses couleurs –  jaune et bleu – pour annoncer l’ouverture d’un magasin aux Philippines.

 

 

 

 

 

 

“C’est un des objets les plus représentatifs de notre art populaire moderne”, explique le designer de Manille Bernie Sim, auteur en 2014 d’un ouvrage consacré à l’art des jeepneys.

Mais leurs jours sont comptés depuis longtemps, notamment pour des raisons environnementales et parce que leurs chauffeurs ignorent superbement le code de la route.

En 2003, le gouvernement avait limité à 175 000 le nombre de licences de jeepneys. Depuis lors, on n’a construit des “jeepneys” que pour remplacer ceux partant à la casse. A Manille, les services de covoiturage les ont concurrencés à partir de 2014. Et le président philippin Rodrigo Duterte a estimé en 2017 que les “jeepneys” devaient s’adapter ou disparaître.

 

“Nous sommes les derniers”, explique l’artiste Vic Capuno, 52 ans, dont l’atelier se trouve à San Pablo, une localité au sud de Manille. “Ils ont tous arrêté de créer des jeepneys”.

 

Source : AFP